Princes innovateurs? Les débuts des monnaies de gros au Sud des pays germaniques et la Maison de Habsbourg more

In: Bulletin de la Société Française de Numismatique 65, 2010, No. 1, pp. 2–7.

SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE NUMISMATIQU E TARIFS POUR 2010 Cotisation (avec le service de la Revue numismatique, mais sans le BSFN) : Membres correspondants (France et étranger)...................................26 Membres titulaires............................................................................34 Droit de première inscription..................................................................................8 Abonnement au BSFN seul : Membres de la SFN : France ...................................................................................24 Étranger .................................................................................29 Non membres de la SFN : France ...................................................................................36 Étranger .................................................................................40 Vente au numéro................................................................................5 Changement d’adresse........................................................................................1,50 Compte bancaire : BRED Paris Bourse RIB : 10107 00103 00810033767 88 Code BIC : BRED FRPPXXX N° IBAN : FR76 1010 7001 0300 8100 3376 788 Chèques ou mandats à libeller en Euros. Les chèques bancaires en provenance de l’étranger doivent être libellés en euros, et impérativement payables sur une banque installée en France. 65e année — N° 1 JANVIER 2010 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE NUMISMATIQUE FRAN AISE Publication de la Société Française de Numismatique SOMMAIRE ÉTUDES ET TRAVAUX ZÄCH (Benedikt) — Princes innovateurs ? Les débuts des monnaies de gros au Sud des pays germaniques et la Maison de Habsbourg . . . . . . . . . . . . . . . . .2 DHÉNIN (Michel), GODIN (Jacques) (†), HOURLIER (Michel) — Les émissions de monnaies noires de Charles VI, du 10 mai 1417 (Lafaurie 392b, 393b, 395b ; Duplessy 393C, 394C, 395C) et du 21 octobre 1417 (Lafaurie 407, 408, 409 ; Duplessy 393E, 394D, 395D) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .8 ARBEZ (Fernand) — Mémoires de maître Jean-Guillaume . . . . . . . . . . . . . . . . .11 SOCIÉTÉ Compte rendu de la séance du 9 janvier 2010 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .13 B U L L E T I N D E L A S O C I É T É F R A N Ç A I S E D E N U M I S M AT I QU E Publication de la Société Française de Numismatique 10 numéros par an ISSN 0037-9344 N° de Commission paritaire de Presse : 0510 G 84906 Société Française de Numismatique reconnue d'utilité publique Bibliothèque nationale de France 58 rue de Richelieu, 75002 Paris – tél./fax 01 53 79 86 26 Internet : http://www.sfnum.asso.fr e-mail : secretariat@sfnum.asso.fr Le responsable de la publication : Jean Jézéquel (yanjez@wanadoo.fr) PROCHAINES SÉANCES SAMEDI 6 FÉVRIER 2010 14 h 30 BnF Salle des Commissions SAMEDI 6 MARS 2010 Assemblée Générale BnF Salle des Commissions Prépresse : Cymbalum – Paris Imprimerie France-Quercy — Mercuès —1— ÉTUDES ET TRAVAUX ZÄCH (Benedikt) — Princes innovateurs ? Les débuts des monnaies de gros au Sud des pays germaniques et la Maison de Habsbourg. Le 16 mai 1374, Léopold III de Habsbourg, duc d’Autriche, a concédé au Conseil de la ville de Haguenau en Alsace le privilège (ou plutôt la permission) de frapper des monnaies en or et en argent (1). Le document mentionne explicitement la production d’un florin d’or du type de Florence, d’un gros du type du gros tournois et d’un denier du type de Strasbourg (2). Peu après, le 21 juin 1374, le sous-bailli du « Reichslandvogtei Elsass », c’est-à-dire du bailliage impérial de la région de Haguenau en Basse-Alsace, et le Conseil de la ville de Haguenau, ont signé un contrat avec le maître-monnayeur Henselin de Strasbourg (3). Ce contrat règle les détails de ce monnayage nouveau. Il faut souligner que ce privilège de frappe de 1374 était donné par le duc et non pas par l’empereur Charles IV de Luxembourg, bien qu’à ce moment les ducs autrichiens n’aient été en possession du bailliage impérial de l’Alsace qu’à titre de gage (de 1371 jusqu’à la fin de 1374) (4). Peu après, une frappe très limitée semble avoir eu lieu : de ce monnayage, un seul exemplaire du florin est connu ; il se trouve aujourd’hui au Cabinet de Berlin. Malheureusement on ignore jusqu’ici l’existence du gros et les deniers ne sont pas encore identifiables dans la série des monnaies de Haguenau. Surtout, la connaissance d’un gros, s’il existe vraiment, serait très intéressante. Vingt ans après, les ducs Habsbourg d’Autriche ont de nouveau initié une monnaie de gros en Alsace, cette fois à Thann. Cette ville importante des Comtes de Ferrette, devenue autrichienne par mariage en 1324 (5), a reçu en 1387 un privilège de monnayage du duc Albrecht III (6) de Habsbourg. Comme le privilège de Haguenau, ce document était formulé par les ducs eux-mêmes sans référence explicite à un privilège de monnayage de l’Empire germanique ; ils l’ont donc édicté comme seigneurs du pays. 1. Je voudrais d’abord remercier la Société Française de Numismatique de m’avoir décernée le Jeton de vermeil pour l’année 2009 ; cette distinction souligne les liens de la Société à la numismatique internationale, et je me suis très honoré de l’avoir reçu comme numismate d’un pays voisin qui se sent lié à la numismatique en France et professionnellement et personnellement. Je remercie très cordialement Marc Bompaire d’avoir fait une relecture soigneuse du texte et d’avoir amélioré le français. 2. X. NESSEL, « Die Hagenauer Münze im 14. Jahrhundert », Frankfurter Münzzeitung, 6, 1906, No. 64, p. 423-427 (repris dans Beiträge zur Münzgeschichte des Elsass, besonders der Hohenstaufenzeit, Frankfurt, 1909, p. 17-21). 3. Il s’agit peut-être de (Klein-)Henselin Pfaffenlap qui était membre des « Hausgenossen » à ce moment, voir M. ALIOTH, Gruppen an der Macht : Zünfte und Patriziat in Strassburg im 14. und 15. Jahrhundert. Untersuchungen zu Verfassung, Wirtschaftsgefüge und Sozialstruktur, Bâle, 1988 (Basler Beiträge zur Geschichtswissenschaft, 156 u. 156a), p. 113 et 539. 4. J. BECKER, Geschichte der Reichslandvogtei im Elsass : Von ihrer Einrichtung bis zu ihrem Übergang an Frankreich 1273-1648, Strasbourg, 1905, p. 46-48. 5. C. WILSDORF, Histoire des comtes de Ferrette (1105–1324), Altkirch, 1991, p. 236-238. 6. B. BREYVOGEL, Silberbergbau und Silbermünzprägung am südlichen Oberrhein im Mittelalter, Leinfelden-Echterdingen, 2003 (Schriften zur südwestdeutschen Landeskunde, 49), p. 222223. Une frappe de deniers unifaces, c’est-à-dire de bractéates, a eu lieu les années suivantes. En décembre 1396 ou en début janvier 1397, on note un type de monnaie de gros, dénommé « plappart » qui est mentionné dans les comptes de la ville de Zurich en Suisse ; à ce moment, le Conseil de la ville a donné l’ordre d’acheter quelques-unes de ces pièces tout récemment frappées afin de les essayer à Zurich (7). De cette monnaie nouvelle, un seul exemplaire est connu qui a été publié déjà au XVIIIe siècle et encore une fois au XIXe siècle. La pièce appartenait aux collections numismatiques de la fameuse abbaye de Saint-Blaise (St. Blasien) en Forêt noire. Ces collections ont fleuri surtout au XVIIIe siècle. Après la sécularisation de 1806, elles ont été transférées à l’abbaye de St-Paul dans la vallée de Lavant en Carinthie en Autriche (8). L’avers de la monnaie montre l’écu autrichien dans un quadrilobe entouré par un bandeau. Arnold Luschin von Ebengreuth, qui a publié la monnaie en 1872, a relevé qu’il s’agit d’une distinction, les insignes de l’ordre hongrois dit «du dragon renversé». Cet ordre a été fondé par le roi Sigismond de Luxembourg après son couronnement comme roi de Hongrie en 1387 et il a été décerné au duc Leopold IV de Habsbourg qui était alors responsable pour la frappe de la monnaie de Thann. Une troisième frappe de monnaie de gros a eu lieu peu avant 1400 dans la région de Württemberg, à Rottenburg am Neckar, chef-lieu du Comté de Hohenberg. Selon un concordat monétaire du 29 novembre 1396 entre ceux des seigneurs de l’Allemagne du Sud, qui étaient en possession d’un droit monétaire (9), des monnaies dénommées « schilling » devaient être frappées à Stuttgart (pour les comtes de Württemberg), à Oettingen en Bavière (pour les comtes d’Oettingen), à Dillingen ou Augsburg (pour l’évêque d’Augsburg) – et à Rottenburg : cette dernière frappe était commandée par les ducs d’Autriche comme détenteurs du Comté de Hohenberg, qu’ils avaient acheté en 1381 (10). Cet achat était une des acquisitions les plus importantes et plus prestigieuses de Habsbourg dans ces décennies et, de plus, il avait été envisagé depuis longtemps. L’avers de la monnaie dont aujourd’hui on ne connaît que deux exemplaires montre lui aussi l’écu autrichien dans un quadrilobe rectangulaire surmonté par un heaume avec un cimier en panache, soulignant ainsi – comme la monnaie de Thann – le caractère chevaleresque du duc Leopold IV de Habsbourg, qui était responsable de cette frappe. Entre 1374 et 1397, on trouve donc trois fois les Habsbourgs liés aux frappes initiales d’une monnaie de gros au Sud des pays germaniques. C’étaient les débuts de la grosse monnaie, car jusque-là dans cette région on n’avait frappé que des deniers ou des mailles. Auparavant, les plus grandes dénominations en circulation monétaire avait été exclusivement des monnaies provenant de la France (surtout des gros tournois, mais aussi les monnaies d’or comme les écus) et de l’Italie (surtout les grossi et pegioni de Milan, mais aussi des monnaies d’or comme les florins et ducats). La présence de 7. Quellen zur Zürcher Wirtschaftsgeschichte, éd. W. Schnyder, vol. 1, Zurich et Leipzig, 1936, p. 265 n° 465. 8. A. LUSCHIN, « Halbe Turnose der Stadt Thann im Elsass », Numismatische Zeitschrift, 4, 1872, p. 254-264 et J. CAHN, « Beiträge zur vorderösterreichischen Münzgeschichte », Numismatische Zeitschrift, 33, 1901, p. 221 232 ; BREYVOGEL (voir note 6), p. 223. 9. H. GÜNTER, Das Münzwesen in der Grafschaft Württemberg, Stuttgart, 1897, p. 58-63. 10. F. QUARTHAL, « Die Verwaltung der Grafschaft Hohenberg beim Übergang an Österreich », Zeitschrift für Württembergische Landesgeschichte, 41, 1982, p. 541-564. —2— —3— ces dénominations étrangères est bien attestée par beaucoup de trouvailles monétaires en Souabe (11), dans les pays suisses (12) ainsi qu’en Alsace (13). Les débuts du monnayage de grosses monnaies dans le Sud des pays germaniques, bien que considérablement plus tardifs que ceux des princes et villes de France et d’ Italie, étaient, semble-t-il, au moins partiellement, apparus à l’instigation des ducs d’Autriche, auxquels jusqu’ici on pensait ne devoir attribuer qu’un rôle mineur dans la politique monétaire. Pendant assez longtemps on a considéré la situation politique des Habsbourg au Sud des pays germaniques comme caractérisée essentiellement par l’antagonisme des Habsbourgs et des nouvelles forces émergentes de la Confédération suisse (14). Surtout, aprés la défaite catastrophique des Habsbourgs dans la bataille de Sempach en 1386, quelques membres de la Confédération avaient commencé à se débarrasser de leurs seigneurs de pays, les ducs d’Autriche. Un recul accéléré des Habsbourgs en fut le résultat et les ducs d’Autriche ont perdu une partie de leurs possessions occidentales, les « Vordere Lande », les « pays devant » le col d’Arlberg qui faisaient le lien avec les possessions à l’Est du col, les « Innere Lande », c’est-à-dire le duché d’Autriche. Cependant, ce n’est que récemment que les historiens commencent à repenser comme beaucoup plus complexes les relations entre Habsbourg et les pouvoirs suisses aux XIVe et XVe siècles (15). Vers 1400, la Maison de Habsbourg était bien active au niveau monétaire dans le Sud des pays germaniques caractérisé par ses possessions très dispersées. On n’observe pas seulement la frappe de monnaies de gros, mais aussi plusieurs monnayages de deniers, bien qu’il s’agisse pour la plupart de très petites séries constituées d’un ou deux types seulement (16). La frappe des monnaies de gros par les ducs autrichiens se situait dans toute une série de frappes de monnaies de gros dans le vaste Sud de l’Empire germanique qui s’étendait, il faut le souligner, jusqu’aux régions des alpes occidentales. Il vaut donc la peine de jeter un coup d’oeil sur le monnayage de gros des princes, des évêques et des villes de cette région. Les comtes de Savoie (devenus ducs après 1416) étaient les grands concurrents des Habsbourgs en Suisse occidentale. L’administration savoisienne était beaucoup plus avancée que celle des Habsbourgs (17). De longues séries de comptes détaillés existaient déjà au milieu du XIIIe siècle, à un moment où, en Europe centrale, seuls les comtes de Tyrol avaient une administration financière comparable (18). Même si l’administration des Habsbourgs était plus avancée que celle de la plupart de leurs concurrents en Allemagne du Sud, elle ne pouvait pas concurrencer celle des comtes de Savoie. Déjà à la fin du XIIIe siècle, ceux-ci avaient commencé un monnayage de gros de type italien et français (19). Les débuts du monnayage de gros en Savoie étaient liés étroitement à une production d’imitations de monnaies françaises et flamandes. Comme Marc Bompaire l’a souligné récemment, nous ne connaissons qu’une partie du corpus des types (20). On remarque quand-même assez fréquemment des changements de type, ce qui pourrait indiquer qu’on a essayé de réagir aux changements des monnaies en circulation. Les ateliers monétaires voisins en Suisse occidentale, ceux de l’évêché de Lausanne et de la ville de Berne, s’inspiraient de la Savoie dans leurs frappes initiales des monnaies de gros. À Lausanne, selon l’ordonnance monétaire du 3 octobre 1375 la production des demi-gros savoyards commençait avec deux types (21) sous l’évêque Guy de Prangins. Pour Berne, Hans-Ulrich Geiger a pu relever récemment un premier type de plappart dont la frappe a commencé en 1388 ou peu avant ; la monnaie a été produit par un maitre-monnayeur de Savoie engagé par la ville de Berne (22). Dans le sud-ouest allemand de l’empire germanique la situation était différente : ici, les premiers « schillings » et « plapparts » étaient des types plus ou moins autochtones. Néanmoins, leur iconographie s’inspirait des types d’autres monnaies de gros et de demi-gros étrangères comme le gros tournois (ou plutôt les gros lorrains), mais surtout les grossi/pegioni de Milan et de Pavie, qui étaient les monnaies de gros les plus importantes dans les régions voisines au nord des Alpes ; ils y jouaient un rôle primordinal dans la circulation monétaire (23). Dans ces régions les villes jouaient souvent un rôle plus actif dans la politique monétaire que les seigneurs. 11. E. NAU, « Münzumlauf im ländlichen Bereich mit besonderer Berücksichtigung SüdwestDeutschlands », dans H. PATZE (éd.), Die Grundherrschaft im Mittelalter, vol. 1, Sigmaringen, 1983 (Vorträge und Forschungen, 27), p. 97-156. 12. B. SCHÄRLI, « Mailändisches Geld in der mittelalterlichen Schweiz », dans G. GORINI (éd.), La zecca di Milano : Atti del Convegno internazionale du studio, Milano 9-14 maggio 1983, Milan, 1984, p. 277-310; B. ZÄCH, « Fremde Münzen im Geldumlauf der mittelalterlichen Schweiz (11.-15. Jh.) : Beobachtungen, Fragen, Perspektiven », dans L. TRAVAINI (éd.), Moneta locale, moneta straniera : Italia ed Europa XI-XV secolo / Local Coins, Foreign Coins : Italy and Europe 11th-15th centuries : The Second Cambridge Numismatic Symposium, Milan, 1999, p. 401-442. 13. J. DUPLESSY, Les trésors trésors monétaires médiévaux et modernes découverts en France, t. II (1223-1385), Paris, 1995, par ex. p. 149-150 N° 380 (Soultz). 14. Voir pour l’état de recherche A. NIEDERSTÄTTER, « Habsburg und die Eidgenossenschaft im Spätmittelalter : Zum Forschungsstand über eine “Erbfeindschaft” », Schriften des Vereins für Geschichte des Bodensees und seiner Umgebung, 116, 1998, p. 3-21. 15 P. NIEDERHÄUSER (éd.), Die Habsburger zwischen Aare und Bodensee, Zurich, 2010 (Mitteilungen der Antiquarischen Gesellschaft in Zürich, 77). 16. B. ZÄCH, « Habsburgische Münzprägung und Münzpolitik in den Vorlanden um 1400 », dans P. NIEDERHÄUSER (éd.), Die Habsburger zwischen Aare und Bodensee, Zürich, 2010, p. 6176, ici 65-67. 17. G. CASTELNUOVO, Ch. GUILLERÉ, « Les finances et l’administration de la maison de Savoie au XIIIe siècle », dans B. ANDENMATTEN, A. PARAVICINI BAGLIANI, E. PIBIRI (éd.), Pierre II de Savoie: « Le Petit Charlemagne » († 1268) ; colloque internationale, Lausanne 30-31 mai 1997, Lausanne, 2000, p. 33-125. 18. C. HAIDACHER, Die älteren Tiroler Rechnungsbücher : Analyse und Edition, Innsbruck, 1993. 19. L. SIMONETTI, Monete italiane medioevali e moderne, vol. I : Casa Savoia, parte I, Florence, 1967, p. 46-48 nos 1-4. 20. M. BOMPAIRE, « Comptes de l’atelier monétaire de Pont-d’Ain (1349-1355) conservés à Dijon», BSFN, 64, 2009, n° 6, p. 116-120. 21. D. DOLIVO, Les monnaies de l’évêché de Lausanne, Berne, 1961 (Catalogue des monnaies suisses, 2), p. 15-16 nos 30 a+b. 22. De ces plapparts Geiger connaît jusqu’ici 18 exemplaires ; communication personnelle du novembre 2009. J’aimerais remercier H.U. Geiger (Zurich) des ces informations. 23. U. KLEIN, « Bemerkungen zum Anteil italienischer Münzen des Mittelalters am Geldumlauf in Südwestdeutschland », dans L. TRAVAINI (éd.), Moneta locale, moneta straniera : Italia ed Europa XI-XV secolo / Local Coins, Foreign Coins: Italy and Europe 11th-15th centuries : The Second Cambridge Numismatic Symposium, Milan, 1999, p. 285-310. —4— —5— L’atelier monétaire le plus important dans le voisinage des deux ateliers monétaires de Thann et Haguenau était celui de Strassbourg. Depuis la fin du XIIIe siècle, la ville a réussi à s’emparer de la frappe monétaire de l’évêché de Strasbourg (24). Néanmoins, pendant assez longtemps la ville n’a produit que des deniers et hésitait à frapper des monnaies de gros. Ce ne fut pas avant 1397 que la ville de Strasbourg a décidé de commencer un monnayage de gros selon le modèle des gros tournois; en même temps on a discuté un monnayage de demi-gros mais on y a renonçé pour un moment (25). Au moins deux fois, en 1406 et en 1421 (26), on a repris la discussion, mais on ne voulait pas se lancer dans une frappe de demi-gros. Ce n’est qu’en 1446 que Strasbourg a enfin commencé à produire cette dénomination qui valait six deniers de Strasbourg (27). Le premier type de monnaie de gros de Bâle, qui valait 12 deniers de Bâle, remonte soit au début des années 1420, soit peut-être bien avant, vers 1400 (28). Nous connaissons aujourd’hui huit exemplaires de ce type dont aucun provenant d’un trésor, ce qui rend la datation assez difficile. L’iconographie de la monnaie nous offre néanmoins un peu plus d’informations: l’avers montre l’écu de la ville de Bâle dans un trilobe. Au revers on reconnaît une figure assise sur un trône avec le sceptre et un modèle d’une église. Il s’agit de l’empereur Henri II (1002–1024), roi-saint et fondateur de l’église romane de la cathédrale de Bâle. Il était aussi le patron de la Collégiale de la cathédrale et, au début du XVe siècle, il commençait à devenir le patron de la ville de Bâle – ou plus exactement du patriciat de la ville de Bâle – en concurrence avec la Vierge à l’enfant, la patronne de l’évêché de Bâle (29). L’écu ou les armoiries dans un trilobe ou un quadrilobe à l’avers sont fréquents dans la série des monnaies de Milan et se trouvent surtout sur les grossi/pegioni de Bernabó et Galeazzo Visconti, frappés à partir de 1354 et en grandes masses après 1395 (30). Le type de figure assise au revers est également bien connu dans le monnayage milanais. À Milan, il s’agit de Saint Ambroise. À Zurich, c’est, comme à Bâle, un saint roi, mais Charlemagne et non Henri II. Ce type de « plappart » a été frappé en 1417/1418 à Zurich, où il est aussi le premier type de cette monnaie de gros (31). Depuis le milieu du XIIIe siècle, Charlemagne est devenu le patron de la Collégiale du Grossmünster (32) ; au début du XVe siècle, le Grossmünster était l’église du patriciat de la ville de Zurich. De nouveau, cette représentation était aussi un élément de concurrence à Zurich avec l’abbaye du Fraumünster dont l’abbesse était alors le seigneur de la ville (33). Dans ce cas, Charlemagne était utilisé contre le Fraumünster. À partir de 1417, la ville de Constance a aussi commencé à frapper des schillings (34). Ils portaient la figure assise de saint Conrad, le patron de la cathédrale de Constance, du même type que sur les « plapparts » et « schillings » (35) de Bâle et de Zurich. Qu’est-ce que révèle ce tour d’horizon concernant le rôle de la Maison de Habsbourg dans l’histoire monétaire au Sud des pays germaniques ? D’abord, les ducs d’Autriche, il est vrai, ne se présentent pas comme des réformateurs d’une manière systématique, mais ils montrent quand même une certaine force d’innovation bien avant les villes. On pourrait ajouter que vers 1400 les ducs d’Autriche furent aussi les promoteurs de plusieurs concordats monétaires qui ont joué un rôle important dans le développement des régions de circulation monétaire au XVe siècle (36). Il est d’un autre côté étonnant de trouver que les Habsbourgs n’ont pas utilisé systématiquement la frappe monétaire comme ressource fiscale ; il semble qu’ils l’auraient utilisé plutôt comme instrument de la politique seigneuriale que comme une source des recettes (37). Les villes, au moins celles qui avaient une production monétaire, se regroupaient en deux catégories: premièrement les villes marchandes et financières comme Strasbourg ou Bâle qui hésitaient à se lancer elles-mêmes dans des monnayages parfois peu profitables (38) ; deuxièmement les villes qui commençaient à gagner la souverainité sur le territoire de leurs alentours. Berne et Zurich, mais aussi Lucerne, Constance et StGall par exemple, étaient très intéressées à se procurer le privilège d’un droit monétaire de la part de l’empereur ou bien à l’usurper ou à le transférer du seigneur de la ville (c’est-à-dire de l’évêque de Constance, de l’abbesse de Zurich et de l’abbé de StGall) (39). Á la fin, ce furent les villes qui ont réussi à s’emparer de la souverainité monétaire, mais ce fut au prix d’une diversité extrème des autorités monétaires en Suisse; cette situation a perduré jusqu’au XIXe siècle pour arriver enfin à l’unification de la monnaie (40). 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. M. ALIOTH (voir note 3), p. 94-104. J. CAHN, Die Münzprägung der Stadt Strassburg im Mittelalter, Strasbourg, 1895, p. 67-71. J. CAHN, op. cit., p. 90-92. J. CAHN, op. cit., p. 99-100. A. GEIGY, Katalog der Basler Münzen und Medaillen der im Historischen Museum zu Basel deponierten Ewig’schen Sammlung, Bâle, 1899, p. 83 n° 474. C. PFAFF, Kaiser Heinrich II. Sein Nachleben und sein Kult im mittelalterlichen Basel, Bâle / Stuttgart, 1963 (Basler Beiträge zur Geschichtswissenschaft, 89), p. 103-105. C. CRIPPA, Le monete di Milano dai Visconti agli Sforza dal 1329 al 1535, Milan, 1986, p. 4952 nos 2-4 ; p. 80-84 nos 4-7. D. SCHWARZ, Zürichs Münzgeschichte im Mittelalter, Aarau, 1940, p. 103-104 ; H. HÜRLIMANN, Zürcher Münzgeschichte, Zürich, 1966, p. 156–157 nos 75-77. D. GUTSCHER, Das Grossmünster in Zürich : Eine baugeschichtliche Monographie, Zurich, 1983 (Beiträge zur Kunstgeschichte der Schweiz, 5), p. 133. 33. J. STEINMANN, Die Benediktinerinnenabtei zum Fraumünster und ihr Verhältnis zur Stadt Zürich 853-1524, St. Ottilien, 1980 (Studien und Mitteilungen zur Geschichte des BenediktinerOrdens und seiner Zweige, Erg.Bd. 23 ; thèse Université de Budapest 1976). 34. E. NAU, Die Münzen und Medaillen der oberschwäbischen Städte, Fribourg-en-Br., 1964, p. 25 no. 11. 35. En ce qui concerne la question des différences pondérales entre « schillings » et « plapparts », voir B. ZÄCH, « Vom Plappart zum Batzen : Zur frühen Halbbatzenprägung im Bodenseegebiet », Numismatische Zeitschrift, 116/117, 2008, p. 333-344, ici 333-334, 337. 36. On pense d’abord au concordats monétaires de 1377, 1387, 1399 et 1403 dans la région du Haut-Rhin ; voir B. BREYVOGEL (voir note 6), p. 186-207, 247-256. 37. B. ZÄCH (voir note 16), p. 71. 38. B. HARMS, Die Münz- und Geldpolitik der Stadt Basel im Mittelalter, Tübingen, 1907 (Zeitschrift für die gesamte Staatswissenschaft, Ergänzungsheft, 23). 39. Voir par ex. pour Zurich : SCHWARZ (voir note 31), p. 112-114 ; pour St-Gall : E. TOBLER, B. ZÄCH, S. NUSSBAUM, Die Münzprägung der Stadt St. Gallen 1407-1797, St-Gall, 2008 (Études suisses de numismatique, 2), p. 37-41. 40. A. GEISER, « Münzen », dans Historisches Lexikon der Schweiz, vol. 9 : Locarnini - Muoth, Bâle, 2009, p. 865–866 ; M. KÖRNER, B. ZÄCH, « Münzvereine und Münzkonkordate », op. cit., p. 872–874. —6— —7— DHÉNIN (Michel), GODIN (Jacques) (†), HOURLIER (Michel) — Les émissions de monnaies noires de Charles VI, du 10 mai 1417 (Lafaurie 392b, 393b, 395b ; Duplessy 393C, 394C, 395C) et du 21 octobre 1417 (Lafaurie 407, 408, 409 ; Duplessy 393E, 394D, 395D). Jacques Godin, disparu ce mois d’août dernier, m’avait présenté il y a déjà très longtemps (plus de dix ans, en octobre 1999) deux petites monnaies noires de Charles VI, qui font partie d’un trésor qu’il espérait publier dans son ensemble, ultérieurement à ce petit article ; il avait voulu que je signe celui-ci avec lui : il m’avait soumis un petit problème et je lui avais apporté une solution qu’il avait accueillie avec enthousiasme. Pour lui rendre hommage, j’ai voulu publier ces deux monnaies… et me suis rendu compte que la solution que j’avais envisagée n’était pas si exacte que nous avions pu le penser, lui comme moi. Pour tirer la chose au clair il a été nécessaire de reprendre l’étude des documents monétaires, ce qui a imposé le recours aux connaissances d’un troisième co-auteur, Michel Hourlier, qui connaît tout particulièrement le sujet pour avoir soutenu une thèse sur ces textes sous la direction de Marc Bompaire. Sa participation a permis de résoudre l’affaire. être signalés, mais ils posent un petit problème. En effet, le revers ne répond pas à la description donnée : ce denier, se différencierait des émissions précédentes, selon M. J. Duplessy, par un « point entre les deux lis et dans un des cantons de la croix du revers ». Cette description du revers est celle que l’on trouve également dans l’ouvrage de Jean Lafaurie (n° 408 : « Même différent que le Double d’octobre 1417 : point entre les deux fleurs de lis du droit et point dans un des cantons de la croix au revers »). Or sur les monnaies présentées ici le point n’est pas dans un des cantons de la croix, comme attendu, mais sous le pied de la croix. Pourquoi ? J’ai pensé tout d’abord que la description donnée jusqu’ici était erronée (rappelons qu’aucun exemplaire n’avait été retrouvé) ; cette erreur se serait expliquée par le fait que cette description semblait directement inspirée de celle du double tournois de cette même émission (Lafaurie n° 407 ; Duplessy n° 393E), qui est lui connu par un exemplaire (fig. 2), un seul, jadis dans la collection P. Prieur, entré en 1960 au Cabinet des Médailles (n° 1076a, inv. R 1641). [Fig. 2] [Fig. 1] Voici la description de ces deux pièces (fig. 1) : + KAROLVS o REX (O rond), deux lis accotés ; point entre les deux lis + TVRONVS o CIVIS (O rond), croix pattée ; point sous la croix Pas de point secret lisible. Poids non relevés. Il s’agit manifestement de deux exemplaires d’un même denier tournois de Charles VI. Le droit correspond parfaitement à la description donnée par M. Jean Duplessy du denier tournois de la 5e émission, du 21 octobre 1417 (n° 394D) et c’est tout naturellement que J. Godin m’a présenté ces monnaies comme correspondant à cette émission, signalée comme non retrouvée. Ces deux exemplaires sont donc les premiers à Ce double tournois a effectivement un point dans un canton de la croix. Mais cela aurait été en fait l’exception dans la série : ce point n’aurait pas dû être mis à cet endroit, dans un canton de la croix, mais bien sous la croix… si cela avait été possible ; la croix du double est fleurdelisée et ses lis coupent la légende : il n’y a pas là beaucoup de place, même pour un petit point. Celui-ci aurait donc été placé dans un des cantons de la croix… par défaut. Par contre la croix pattée du denier permet de placer un point à chacune de ses extrémités, et en particulier sous son pied. Et c’est vraisemblablement ce même différent que l’on pourrait retrouver un jour sur l’obole de cette émission (Lafaurie 409 ; Duplessy 395D), elle aussi non revue, décrite ainsi par J. Lafaurie : « Type du n° 395b décrit ci-dessus. Un point dans un des cantons de la croix du revers ». Cette obole a été affligée d’une description erronée dans la première édition de l’ouvrage de J. Duplessy : « Un point entre les deux lis supérieurs, et dans un des cantons de la croix du revers », bien corrigée [il n’y a bien sûr qu’un lis au droit de l’obole] dans la seconde édition : « Un point dans un canton de la croix du revers ». Tout cela était assez astucieux… trop sans doute ! J. Lafaurie doute de l’existence de cette obole : « Cette Maille n’a peut-être pas été frappée ». De fait la relecture de l’ordonnance du 21 octobre 1417 (dans le Recueil de documents relatifs à l’histoire des monnaies frappées par les rois de France depuis Philippe II jusqu’à François I… de F. de Saulcy, vol. II, p. 206-207) ou en ligne sur http://ordonnances.org/) ne permet pas d’y trouver mention d’une émission de monnaies noires. Seul un document cité dans son Recueil de documents… par F. de Saulcy (vol. II, p. 207) parle à cette date de monnaies noires. Ce document est le fameux « Registre entre deux ais » (fol. VIII VII [167] et VII XVIII [158]), que nous citons ici d’après l’original : « Item es deniers doubles, petiz tournois et mailles sera mis pour differance devers la croix entre deux des bastons de la croix I point et devers la pille entre les deux fleur de liz du ront I point. Et es petiz deniers parisis sera mis pour differance devers la croix entre II des bastons de la croix, ung point, et devers la pille soubz Francorum. » XX XX —8— —9— Ce n’est manifestement pas la transcription d’une ordonnance, lesquelles n’entrent pas dans ce genre de détails, mais d’un exécutoire, qu’il faut rapprocher d’un autre texte du même « Registre entre deux ais » (fol. IIII V [85]) : « Du XXIe jour d’octobre l’an mil CCCC et XVII, jusques au XXVIIIe jour de may mil CCCC et XVIII […] Item doubles deniers tournois aiens cours pour II d. t. la piece, a I denier VIII grains de loy argent le roy et de XVI sols VIII deniers de pois aud. marc. Item petiz deniers parisis qui ont cours pour I d. p. la piece, a I denier de loy argent le roy et de XX sols de pois au marc dessusd. Item petiz deniers tournois qui ont cours pour I d. t. a I denier de loy argent le roy et de XXV sols de pois aud. marc. Item petites mailles tournois qui ont cours pour une maille tournois la piece a XVI grains de loy argent le roy et de XXXIII sols IIII deniers de pois au marc dessusd. ». Il y a donc bien eu des fabrications de monnaies noires en application de l’ordonnance du 21 octobre 1417, donc aux différents que nous donne le texte précédent. Les descriptions données par J. Lafaurie et par J. Duplessy pour les monnaies de l’émission du 21 octobre 1417 répondent donc parfaitement à ces textes, et l’on ne peut retenir la solution envisagée en premier lieu pour expliquer les deniers tournois présentés par Jacques Godin : on ne peut en faire des produits de l’émission du 21 octobre 1417 ; leurs différents : un point au droit entre les lis supérieurs et un point au revers sous la croix ne correspondent pas aux textes. En fait, ces différents – point entre les lis au droit et sous la croix au revers – sont exactement ceux de la 5e émission des guénar et demi-guénar, du 10 mai 1417 (Lafaurie 381d, 382e ; Duplessy 377D, 378E), la 6e, du 21 octobre 1417, se différenciant par une croisette bâtonnée. J. Lafaurie (392b, 393b, 395b) et J. Duplessy (393C, 394C, 395C) considèrent que l’émission de monnaies noires du 10 mai 1417 portait les mêmes différents que la précédente, du 20 octobre 1411 : elle était au même titre et ne s’en différenciait que par le poids, différence semblant suffisante. L’ordonnance mentionne bien des monnaies noires (F. de Saulcy, op. cit., vol. II, p. 198-199 ou en ligne sur http://ordonnances.org/), mais aucun texte ne nous en décrit les différents : les textes d’application, du 27 mai (Registre entre deux ais, fol. IIIIxxVII (87)) ne mentionnent que le mouton d’or (agnels), le gros d’argent (florette), les deniers blancs à l’écu de 10 et 5 deniers tournois (guénar et demi-guénar). Cependant un autre texte du même « Registre entre deux ais » (fol. IIIIxxIIII v° (84)) confirme que ces monnaies noires ont bien été frappées : « Du Xe jour de may l’an mil CCCC et XVII, jusques au XXIe jour d’octobre oud. An en suivant, par vertu des lettres du roy notre sire, données led. Xe jour, l’en fist […] Item doubles deniers tournois ayans cours pour deux d. t. la piece, a deux deniers de loy argent le roy et de XVI solz VIII deniers de pois aud. marc. Item petiz deniers parisis ayant cours pour un d. p. la piece, a un denier maille de loy argent le roy et de XX sols de poys au marc dessusd. Item petiz deniers tournois aiens cours pour un d. t. la piece, a un denier maille de loy argent le roy et de XXV solz de poys aud. marc. Item petites mailles tournois ayant cours pour une maille tournoise la piece, a un denier de loy argent le roy, et de XXXIII solz IIII deniers de poys au marc de Paris ». Il y a donc bien eu des fabrications de monnaies noires en application de l’ordonnance du 10 mai 1417. Plutôt que de croire que l’on a gardé inchangés les différents de l’émission de 1411, déjà bien lointaine, il est beaucoup plus logique de penser que monnaies blanches et monnaies noires ont reçu les mêmes différents dans la même émission : ces deniers au point entre les lis et sous la croix sont donc des produits de la 4e émission, du 10 mai 1417 et correspondent au numéro 393b [bis] de l’ouvrage de J. Lafaurie et 394C de celui de M. J. Duplessy. Restent à retrouver le double (où le graveur a-t-il trouvé la place pour mettre son point d’émission ?) et l’obole. XX ARBEZ (Fernand) — Mémoires de maître Jean-Guillaume. Cette communication a été rédigée à partir d’un texte trouvé dans les archives de la Cour des monnaies, dans les mandements conservés sous la cote Z1b 626. Afin d’en faciliter la compréhension, le texte original a été transcrit en Français moderne. Jean-Guillaume était exécuteur des arrêts et sentences criminelles de la ville, prévôté et vicomté de Paris. Dans les mémoires qui vont suivre, il demande à nos seigneurs de la Cour des monnaies, le paiement de ses services. Nous n’avons trouvé que deux documents concernant les condamnations. Il s’agit de fabrications et d’expositions de fausse monnaie, d’abus et de malversations. Le 10 juillet 1644, Georges Huan dit Dubreuil a été pendu au bout du Pont-Neuf, du côté de l’Hôtel de la monnaie. Cela fait, son corps a été porté au gibet de Montfaucon (1). Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Le 24 juillet 1644, Jean César de Grevier sieur de la Barthe, sa femme et sa sœur, ont été pendus « en effigie » au bout du Pont-Neuf, en un tableau attaché à une potence, du côté de l’Hôtel de la monnaie. Pour les trois, il demande 90 livres parisis. Le 10 décembre 1644, François Guillemot chirurgien et Pellerin Gaultier dit La Rose ont été pendus « en effigie » au bout du Pont-Neuf du côté de l’Hôtel de la monnaie. Pour les deux, il demande 60 livres parisis. Le 1er juin 1645, Jean Vasselin a été pendu au bout du Pont-Neuf du côté de l’Hôtel de la monnaie. Cela fait, son corps a été porté au gibet de Montfaucon. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Le 20 juin 1645, Pierre Bressillon a été fustigé au devant de la prison de Forl’Evêque (2), au devant de la maison où Bressillon a été pris proche du Pré-aux-clercs (3), au bas des grands degrés du Palais et au bout du Pont-Neuf. C’est sur ce lieu, que Bressillon a été flétri d’un fer chaud, marqué d’une fleur de lis, sur l’épaule droite. Pour cette exécution, il demande 40 livres parisis. Le 15 avril 1647, Jeanne Bertran a été pendue au bout du Pont-Neuf du côté de l’Hôtel de la monnaie. Cela fait, son corps a été porté au gibet de Montfaucon. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Le 16 avril 1647, Jean Cottin a été condamné à être pendu au bout du Pont-Neuf du côté de la Monnaie. À cette exécution assistait le frère de Cottin, tête nue. Au bout du Pont-Neuf, les condamnés furent enlevés par des pages et des laquais, si bien que l’arrêt ne fut pas exécuté. Malgré cela, il demande 40 livres parisis. 1. Le gibet de Montfaucon se trouvait sensiblement à hauteur du n° 57 de la rue de la Grangeaux-Belles, soit à mi-chemin entre la rue des Écluses-Saint-Martin et la place du Colonel-Fabien. Cf. J. HILLAIRET, Gibets, piloris et cachots du vieux Paris, Paris, DATE, p. 31-45 ; J. HILLAIRET, Dictionnaire historique des rues de Paris, t. I, Paris, DATE, p. 601 ; J. FAVIER, Paris au XVe siècle, Paris, DATE (Nouvelle histoire de Paris), p. 83. 2. Ce lieu fut orthographié « Fort-l’Evêque » à partir du XVIIIe siècle, cf. HILLAIRET, Gibets…, op. cit., p. 137, plan n° 6, p. 136. Cette prison, d’abord épiscopale jusqu’en 1674, puis royale jusqu’en 1783, formait un rectangle de 35 m de profondeur et n’avait que 9 m de façade, son entrée principale se trouvait à la hauteur de l’actuel n° 19 de la rue Saint-Germainl’Auxerrois et elle s’étendait jusqu’au quai de la Mégisserie, cf. HILLAIRET, Dictionnaire historique.., op. cit., t. II, p. 417. 3. Le Pré-aux-clercs se trouvait sur la rive gauche, face à la tour de Nesles de l’enceinte de Philippe Auguste (située sur l’emplacement de la Bibliothèque Mazarine de l’Institut), ce Pré-auxClercs était bordé par la Seine et le début de l’actuelle rue Bonaparte, Cf. J.-P. BABELON, Paris au XVIe siècle, Paris, DATE (Nouvelle histoire de Paris), p. 415-417, et p. 416 plan d’après un extrait du plan de Paris, dit de Saint-Victor (vers 1550). — 10 — — 11 — Le 11 mai 1647, Jeanne Manchot a été fustigée et flétrie d’un fer chaud, marqué d’une fleur de lis, sur l’épaule droite. Pour cette exécution, il demande 40 livres parisis. Le 11 mai 1651, Marin Denise a été fustigé par les carrefours de la ville de Paris. Pour cette exécution, il demande 20 livres parisis. Le 29 octobre 1651, Claude Gaultier a été fustigée et flétrie d’un fer chaud, marqué d’une fleur de lis, sur l’épaule droite. Pour cette exécution, il demande 40 livres parisis. Le 19 février 1653, Anne Albert Fannot a été fustigé et flétri d’un fer chaud, marqué d’une fleur de lis, sur l’épaule droite. Pour cette exécution, il demande 40 livres parisis. Le 22 février 1653, Jean Guillaume a été mandé pour mettre au carcan un nommé Augustin Getoré. Jean Guillaume a été renvoyé sans rien faire après avoir attendu plus de deux heures dans la prison de For-l’Evêque pour faire l’exécution. Malgré cela, il demande 20 livres parisis. Le 27 février 1653, Jean de Cucu dit Lapierre a été pendu au devant des prisons de For-l’Evêque, dans la rue Saint-Germain. Cela fait, son corps mort a été porté au gibet de Montfaucon. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Le 1er mars 1653, le ci-devant nommé Augustin Getoré a été mis au carcan dans l’Hôtel de la monnaie où il est demeuré l’espace de deux heures. Pour cette exécution, il demande 20 livres parisis. Le 30 mars 1654, Thomas Mosnier dit du Coulombier a été pendu et étranglé au devant des prisons de For-l’Evêque dans la rue Saint-Germain. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Le même jour 30 mars 1654, les nommés Jean Mosnier dit du Coulombier, Fleury Mosnier dit Milandre, ses fils Anthoine Drouet, Pierre Montellier dit la Fleur et Charles Birot ont été pendus « en effigie » en un tableau attaché à la potence où Mosnier le père a été exécuté. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis pour chacun, ce qui fait la somme de 150 livres parisis. Le 25 octobre 1654, Anthoine Dalmirat a été pendu et étranglé au devant des prisons de For-l’Evêque du côté de la rue Saint-Germain. Son corps mort a été porté au gibet de Montfaucon. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Le 30 septembre 1655, Marie Gaultier a été pendue au devant des prisons de Forl’Evêque du côté de la rue Saint-Germain. Pour cette exécution, il demande 30 livres parisis. Toutes les sommes mentionnées aux mémoires ci-dessus se montent à la somme de sept cent soixante dix livres parisis, revenant en tournois à la somme de neuf cent soixante deux livres dix sols. Sur cette somme, Jean Guillaume a reçu « cent francs »par les mains d’un des huissiers de la Cour des monnaies. Il reste dû à Jean Guillaume la somme de huit cent soixante deux livres 10 sols tournois. Nous n’avons pas trouvé aux Archives de document concernant le paiement de ce qui restait dû à Jean Guillaume. Ces pendaisons à Montfaucon sont très certainement parmi les dernières, en effet, Jacques Hillairet (4) nous indique que, selon Sauval, en 1650, l’enclos du gibet était brisé, la fosse-charnier comblée et qu’il ne restait plus debout que 3 ou 4 piliers sur les 16 existant à l’origine. Nous ne voulons pas terminer cette communication sans remercier bien vivement notre collègue Michel Hourlier pour sa coopération. 4. HILLAIRET, Gibets…, op. cit., p. 44. SÉANCE DU 9 JANVIER 2010 Président : M. Jean-Pierre Garnier. Membres présents : Mmes, Mlles, MM. M. Amandry, F. Arbez, J. Avril, S. Ben Souilah, F. Bonté, A. Bourgeois, C. Brenot, C. Charlet, M. Chauveau, V. Drost, A. Gameiro Pais, J.-P. Garnier, G. Gautier, E. Henry, Y. Jézéquel, G. Krebs, J.-J. Lagasse, X. Loriot, J. Meissonnier, A. Ronde, A. Rovelli, C. Silberstein, R. Wack, B. Zäch. Invités : Mme R. Windler Membres excusés : Mmes et MM. F. Beau, M. Dhénin, M. Hourlier, F. Joyaux, J.-F. Letho-Duclos, C. Morrisson, L. Schmitt. Le président ouvre la séance en présentant à l’assemblée ses meilleurs vœux pour l’année 2010. Il annonce ensuite la présence parmi nous de M. Benedikt Zäch, accompagné de son épouse, qui se verra remettre le Jeton de vermeil au cours de la séance. Il fait enfin part du décès de Mme Ann Johnston et passe la parole à M. Michel Amandry qui prononce quelques mots en l’honneur de la défunte : Ann nous a quittés le 2 janvier 2010 après avoir lutté contre un cancer. Elle tenait depuis des années tous ses amis au courant de l’évolution de sa maladie, des traitements que les chirurgiens inventaient pour en ralentir l’évolution. Elle ne se plaignait jamais. On ne la reverra plus dans les rues de Paris ou sur les routes de France en vélo. Elle était viscéralement francophile. Elle a construit une œuvre scientifique de premier plan en dehors de toute institution. C’est sans doute pour cette raison qu’elle pouvait se permettre des comptes rendus parfois très acerbes, mais toujours justes, qui étaient redoutés. Elle aura eu la satisfaction de voir paraître en 2007 son dernier ouvrage Greek Imperial Denominations, ca 200-275. A Study of the Roman Provincial bronze Coinages of Asia Minor, Londres (RNS Special Publication 43), une somme qu’elle avait largement préparée à Paris, au département des Monnaies, Médailles et Antiques. BSFN Le président soumet au vote de l’assemblée le procès-verbal de la séance de septembre qui est adopté à l’unanimité. Élections et candidatures Aucune candidature n’avait été reçue pour la séance précédente. La candidature de Mme Florence Codine-Trécourt de Paris, dont les parrains sont MM. M. Bompaire et M. Amandry, est présentée. Annonces Les nouveaux tarifs des cotisations qui s’appliquent à partir de 2010 sont rappelés et sont les suivants : – Membres titulaires français : 58 . – Membres correspondants français : 50 . – Membres correspondants étrangers : 55 . Le président rappelle la tenue d’un cycle de conférences, sous le titre « La monnaie et la glyptique », tous les jeudis du mois de janvier à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, salle des Commissions. M. Michel Amandry indique par ailleurs que des travaux sont actuellement en cours sur le site Richelieu mais que ceux-ci n’entraveront pas immédiatement le fonctionnement du Département des — 12 — — 13 — Monnaies, Médailles et Antiques qui n’est concerné que par la seconde phase des travaux, laquelle ne débutera pas avant la fin de l’année 2013. Le président passe ensuite la parole à M. Jacques Meissonnier qui annonce qu’une conférence présentée par M. Jens-Christian Moesgaard sous le titre « Les Vikings en Bourgogne d’après les monnaies » sera présentée lors de la séance du 9 mars 2010 de l’Académie des arts et belles-lettres de Dijon. M. Christian Charlet remet à M. Michel Amandry une série de la dernière émission de monnaies de Monaco, frappée en décembre 2009, de la part de SAS le Prince Albert II de Monaco. Remise du Jeton de vermeil Le président donne la parole à M. Marc Bompaire qui retrace l’œuvre de M. Benedikt Zäch. À la demande du président, M. Marc Bompaire procède ensuite à la remise du Jeton de vermeil à Benedikt Zäch. Ce dernier remercie chaleureusement l’assemblée. Les publications suivantes sont mises en circulation : S. de Turckheim-Pey, « France. La médaille et les jetons », tiré-à-part de A Survey of Numismatic Research 2002-2007, Glasgow, 2009, p. 620-623. American Numismatic Society, hiver 2009. Amicales Numismatiques Associées, 126, janvier-février 2010. Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry, nos 178, juin 2009 et 179, septembre 2009. Cahiers Numismatiques, 182, décembre 2009. Svensk Numismatisk Tidskrift, 8, décembre 2009. Communications MM. Benedikt Zäch et Fernand Arbez présentent leurs communications. M. JeanPierre Garnier donne ensuite lecture d’une étude préparée conjointement par MM. Michel Dhénin, Jacques Godin (†) et Michel Hourlier. À l’issue de ces communications, le président remercie l’assemblée et les intervenants puis déclare la séance close. Addendum Une précision apportée à l’article de N. BOUDOUHOU, « Un as républicain au Maroc oriental », BSFN 64, 8, octobre 2009, p. 212-214. R. Witschonke et R. Schaefer, deux des meilleurs connaisseurs de monnayage républicain, ont pu identifier le symbole de l’as sextantaire découvert au Maroc oriental : il s’agit d’une Victoire (voir par ex. le catalogue de F. BERGER, Die Münzen der Römischen Republik im Kestner-Museum Hannover, Hanovre, 1989, nos 808-811). L’émission est donc Crawford 61/2, datée de 211-208. (Michel AMANDRY) Publications M. Benedikt Zäch présente les deux ouvrages suivants : P. Niederhauser (dir.), Die Habsburger zwischen Aare und Bodensee, Zurich, Chronos, 2009. R. Gamper (dir.), Vadian als Geschichtsschreiber, Saint-Gall, Sabon, 2006. Il offre par ailleurs généreusement aux membres présents le n° 45 de la Newsletter du Conseil International de Numismatique, fraîchement paru. — 14 — — 15 —
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